Deniz Utlu parvient à reconstruire, par le biais de la récollection, de la recherche et de l’imagination littéraire, la vie et la mort d’une figure paternelle. Quand il était jeune, le père avait quitté le sud de l’Anatolie pour gagner l’Allemagne, en passant par la Turquie. À Hanovre, il avait trouvé du travail, fondé une famille, et fini par se sentir chez lui. À la suite de deux AVC et le syndrome d’enfermement qui en avait découlé, le père passa de nombreuses années à ne pouvoir communiquer que par le biais de ses yeux. Son fils imagine en quelque sorte la conversation qu’il aurait pu avoir avec son père, mais qui a rarement, voire jamais, eu lieu dans la réalité. Il reconstruit les origines de son père au sein d’une famille turco-arabe dans le village anatolien de Mardin ; il décrit, ou imagine, comment ses parents se sont rencontrés, comment son père est parvenu à retomber sur ses pieds dans une nouvelle contrée, et conte les conséquences complexes pour la famille à la suite des problèmes de santé de son père, de la perte du langage. À la surface, le roman d’Utlu se soucie des origines passées et la transition vers un nouvel environnement avec sa famille, les différences intergénérationnelles avec l’expérience d’avoir de solides racines culturelles, ou de ne pas en avoir du tout ; mais sur un niveau plus abstrait mais tout aussi important, le roman s’intéresse à l’acquisition et la perte du langage, ainsi qu’à la question de savoir si la mémoire est réellement possible.